Délai de carrence entre deux stages: la fin des abus ou le début de la galère ?

Publié le 12 juin 2011 par Delphine Dietrich 2 commentaires »

L’Expansion titrait le 7 juin "Stagiaires: un pas décisif vers la fin des abus ?", un article qui annonce que patronat et syndicats ont signé un accord concernant l’alternance et les stages qui prévoit notamment un délai de carence entre l’accueil de deux stagiaires sur un même poste. Mais pourquoi !?

Jeune diplômée, je viens de passer d’un côté à l’autre : stagiaire il y a peu de temps, c’est à mon tour d’en accueillir dans mon équipe. Je connais donc les deux côtés, et pour moi ce délai de carence est néfaste pour les étudiants et pour les entreprises. Le fait que cette mesure soit réclamée depuis longtemps par des associations d’étudiants me laisse perplexe !

Je ne me fais pas trop de soucis pour les entreprises. Si elles ne trouvent plus leur compte dans les stages, elles ne prendront plus de stagiaires. C’est pour les étudiants que cela risque de devenir encore plus difficile. Car oui, trouver un stage intéressant dans un domaine précis sur une période délimitée est déjà complexe, et les étudiants sont malheureusement obligés de faire des concessions parfois importantes, ce qui a conséquences directes sur la carrière.

D’une part, les étudiants demandent aux entreprises de la souplesse : un stage d’une durée et sur une période définie par leur école. Respecter un délai de carence fera que les entreprises auront plus de mal à s’adapter au calendrier demandé par l’étudiant.

D’autre part, les étudiants demandent aux entreprises la possibilité d’acquérir une expérience significative et valorisable dans un CV. Ils veulent apprendre et mettre en pratique. Découvrir un domaine qui les intéresse et devenir opérationnels. Êtres formés comme de vrais employés. Avoir des responsabilités. Le délai de carence risque de diminuer l’intérêt des missions confiées aux stagiaires en excluant toute mission nécessitant une continuité dans le travail. Les stagiaires, exclus des postes similaires à ceux des salariés, risquent soit de devenir de simples assistants réalisant des tâches n’ayant que peu d’intérêt, soit d’être isolés sur une mission mise sur pied pour le stage, mais dans tous les cas ils seront des éléments peut-être utiles mais non nécessaires à la marche de l’entreprise. Et les entreprises n’ont pas d’intérêt à former une personne réalisant un travail accessoire.

Il n’est pas faux que certaines entreprises profitent des stagiaires. Notamment quand un stagiaire est uniquement formé par son prédécesseur et abat du travail qui ne lui apprend pas grand chose. Je suis ravie que patronat et syndicats réfléchissent sur la manière d’empêcher cela. Mais le délai de carence ne me semble pas être une bonne solution.

C’est à mon avis plus grâce au travail et au suivi des écoles qui envoient les étudiants en stage qu’à des lois que l’on arrivera à limiter les abus. Les écoles peuvent, en amont, nouer des relations avec des entreprises et s’assurer de l’intérêt pour leurs étudiants des stages proposés. Elles peuvent, au moment de la signature des contrats, contrôler les missions proposées, leur intérêt et l’adéquation avec le projet de carrière de l’étudiant. Elles doivent également informer les étudiants et les entreprises sur la manière dont le stage doit se dérouler pour que les deux parties soient gagnantes, et suivre l’étudiant en entreprise. Elles doivent enfin faciliter la rupture de contrat en cas d’abus de la part de l’entreprise.

Il existe également des sites web comme stagescritics ou notetonstage qui permettent aux étudiants de raconter leurs expériences, d‘évaluer les entreprises qui les ont accueillis, et de mettre en lumière les abus éventuels.

Quand à la législation, cela me semblait bien parti avec la gratification minimum correspondant à un tiers du smic pour les stages de plus de 3 mois décidée en 2008. Cela représente à la fois peu pour l’entreprise et beaucoup pour l’étudiant. C’est motivant pour l’étudiant, et cela évite certainement que les entreprises prennent des stagiaires sans compter. Je pense d’ailleurs que l’idée devrait être approfondie, par exemple en augmentant la gratification minimum en fonction du niveau d’étude, voire de la durée du stage. Pourquoi accueillir un bac+1 pendant 3 mois quand des bac+5 postulent pour 6 mois ? Cela permettrait à la fois de mieux valoriser les étudiants arrivant en fin d’études supérieures, et de laisser une chance aux moins expérimentés, pour lesquels la concurrence est très rude sur le marché des stages.


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2 commentaires

  1. clastre dit :

    A ce sujet j’avais fais paraître un article l’année dernière dans la république des Pyrénnées ces abus continues en ce moment j’ai 2 enfants en stage et nous devons payer les repas du midi , merci les entreprises

  2. @clastre: Euh… là je ne comprends pas trop. C’est une entreprise, pas une cantine !